20
avr
   

Premier bilan du diplôme "santé connectée" de l'AP-HP et l'université Paris-Diderot

Ces premières rencontres universitaires de santé connectée se sont déroulées à la faculté de médecine Paris-Diderot dans le cadre des journées présentielles du DU de santé connectée organisées par le centre de responsabilité santé connectée (CRSC) de l'hôpital Bichat (AP-HP) dirigé par le Pr Patrick Nataf, chirurgien cardiaque, et le Dr Boris Hansel, endocrinologue-nutritionniste.

Lancé en septembre 2017, le DU est d'ailleurs porté par l'université Paris-Diderot et le CRSC de l'hôpital Bichat-Claude Bernard.

En introduction de cet après-midi de rencontres, le Pr Philippe Ruszniewski, doyen de l'UFR de médecine Paris-Diderot, s'est félicité du nombre d'inscrits au DU qui a attiré 120 étudiants au sein de cette formation ayant débuté le 11 janvier.

Parmi eux, "60% de soignants dont 20% issus du paramédical, 20% venus de l'administration des établissements de santé, 15% sont étudiants en médecine et le reste des inscrits est composé d'entrepreneurs et de juristes", a détaillé le Dr Boris Hansel.

Ces rencontres ont également été l'occasion d'échanges sur les "grandes ruptures attendues dans la santé connectée" et de distiller des conseils pour "perfectionner ses compétences et faire réussir son projet en santé connectée", avec plusieurs acteurs publics ou privés de l'e-santé.

Invité à intervenir sur le sujet des objets connectés en santé, le directeur général d'Orange Healthcare, Elie Lobel, est revenu sur le retard à la digitalisation du monde de la santé qui touche la France.

"Le marché de l'e-santé en France, c'est environ 3 milliards d'euros soit 1,5% du budget de la santé qui est consacré aux outils digitaux, c'est très peu par rapport aux autres pays de l'OCDE [Organisation de coopération et de développement économique, ndlr] qui sont plutôt à 2,5% ou 3% du budget."

La question des objets connectés a d'ailleurs été évoquée à plusieurs reprises car parmi les projets tutorés menés par les étudiants du DU et présentés lors de cet après-midi thématique, il y a notamment l'élaboration d'un programme d'e-santé, d'un objet connecté ou encore la commercialisation d'un produit d'e-santé.

Elie Lobel a également plaidé pour une "utilisation intelligente des outils d'intelligence artificielle (IA) qui vont radicalement redéfinir la façon de travailler des professionnels de santé" mais qui peuvent aussi "favoriser l'observance grâce au volet prévention qu'ils impliquent".

Les usages, la confiance et l'éthique: un triptyque gagnant

Tout au long de ces rencontres, les intervenants sont revenus tour à tour sur la nécessité d'encourager "les usages", cruciaux pour le développement de la santé connectée.

En conclusion de son propos, le patron d'Orange Healthcare a ainsi rappelé l'implication indispensable des citoyens qui doivent "devenir des acteurs de leur santé en s'appropriant ces outils connectés plus ou moins sophistiqués".

Directrice du pilotage stratégique et des affaires internationales de l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip santé), Pascale Sauvage a, elle aussi, évoqué la question des usages.

"Nous [l'Asip santé, NDLR] accompagnons les professionnels de santé mais nous avons besoin d'usages massifs pour avoir des données de qualité et pour que ces usages se développent en toute confiance nous travaillons à l'interopérabilité des systèmes d'information", a-t-elle indiqué.

"L'accompagnement est essentiel pour déployer les usages et entretenir la confiance : sur la protection des données, l'accès à ces données, leur hébergement mais aussi en aval si malgré tout un incident se produit, nous le recueillons et traitons."

Concernant les usages, Jean-François Penciolelli, directeur des affaires publiques de l'entreprise de services du numérique, GFI Informatique, a dressé un parallèle avec le cas de la smart city (ville intelligente) et les opportunités qu'elle offre en santé.

Pour le responsable, les villes intelligentes vont "permettre le développement de l'e-santé et faciliter leurs usages", grâce aux infrastructures existantes qui sont pensées pour la smart city mais réutilisables par d'autres secteurs.

"Les questions posées par la ville intelligente sont les mêmes que celles posées par l'e-santé : la confiance, l'offre de services, la demande des citoyens et des entreprises et l'obligation de performances", a-t-il ajouté.

Le contrat de confiance entre patients connectés et les acteurs de santé publics comme privés qui les équipent a aussi été abordé par le directeur de l'Institut des systèmes intelligents et de robotique et pionnier de la robotique dans l'Hexagone, Raja Chatila.

Invité à s'exprimer sur les sujets d'IA et de robotique face à un amphithéâtre plein à craquer, Raja Chatila n'a pas manqué d'insister sur l'absolu besoin de concilier le recours à ces innovations avec l'éthique qui incombe aux professionnels de santé.

"Nous baignons dans un environnement qui transmet et reçoit beaucoup de données qui sont utilisées en IA mais le traitement de données de santé doit se faire dans le respect de la réglementation, de la dignité humaine et de façon responsable et éthique."

Un rappel qui a intéressé les inscrits au DU qui ont profité de cet après-midi d'échanges pour présenter leurs projets tutorés.

Présentation des projets tutorés et échange de conseils

La deuxième partie de ces rencontres de la santé connectée était consacrée à la présentation des projets tutorés des participants au DU et à des échanges entre les différentes équipes.

"Je crois en ces échanges car ce n'est pas parce que vous échangez des idées avec des équipes concurrentes que votre projet ne va pas se concrétiser ou qu'elles seront meilleures que vous", a plaidé le Dr Boris Hansel.

Mais avant ces discussions, Gabrielle Halpern, directrice du développement du programme "Matrice" de l'Ecole 42 (école de codage créée par Xavier Niel, président et fondateur du groupe Iliad qui gère notamment l'opérateur télécom Free et business angel, NDLR) a présenté son programme d'études.

Sorte de "MBA de l'Ecole 42", le programme "Matrice" s'adresse aux étudiants de cette école de codage qui ont un "niveau avancé" et vont plancher pendant 10 mois sur un projet innovant en équipe "composée d'une dizaine d'étudiants parmi lesquels des étudiants d'autres écoles".

"Matrice est un programme d'innovation destiné à construire la transformation avec ses professionnels, ceux qui en maîtrisent les rouages, les problématiques, en ont la mémoire et les clés", précise l'Ecole 42 sur son site.

Ainsi, Gabrielle Halpern a notamment évoqué un projet qui s'est créé autour de la thématique "Ce que le numérique peut pour l'autisme" avec l'Institut Pasteur et l'hôpital Robert-Debré (AP-HP, Paris).

Ce programme peut donc s'adresser au monde de la santé et aux participants au DU, majoritairement professionnels de santé donc déjà confrontés à la réalité du terrain, et la responsable de l'Ecole 42 a annoncé le lancement en septembre 2018 d'une session entièrement consacrée à la "santé du futur".

De son côté, Chahra Louafi, directrice du Fonds patient autonome à Bpifrance, a, elle, répondu à la question du financement des projets en santé connectée.

Un sujet qui concerne pleinement les étudiants du DU porteurs de projets dans le cadre de leur formation, des projets que certains souhaitent par la suite produire et commercialiser.

Lancé fin 2017 par Bpifrance pour investir en phase d'amorçage dans des start-up de la santé connectée, le Fonds patient autonome, doté de 50 millions d'euros, constitue une source de financement pour les porteurs de projets.

A l'issue de ces échanges, les participants au DU ont eu deux minutes pour présenter leur projet et formuler leurs demandes : financement, recrutement de développeurs, etc.

Capteur connecté de rythme foetal, plateforme de suivi des troubles alimentaires, application d'éducation thérapeutique "3.0" ou encore tapis de gymnastique connectable pour l'activité physique, les étudiants du DU ont répondu aux questions de l'amphithéâtre et certains ont même eu de bonnes surprises.

Ainsi, à la fin de la présentation du "Tonic carpet", un tapis de gymnastique interactif en réalité augmentée et connectable, le directeur des affaires publiques de GFI Informatique a pris la parole pour annoncer qu'il s'engageait à financer le projet.

Une intervention de Jean-François Penciolelli bienvenue pour ses concepteurs qui entendent commercialiser leur innovation, d'autres préfèrent le recours à l'open source pour mettre leur projet au service de la communauté médicale mais n'envisagent pas encore de partir à la conquête du marché.

En attendant, les inscrits au DU ont encore quelques mois d'apprentissage pour se voir décerner leur diplôme. Le Dr Boris Hansel a néanmoins déjà annoncé que l'ouverture des inscriptions pour la deuxième promotion du DU en santé connectée est prévue "dans le courant du mois de mai".