Le circuit du médicament est encore marqué par de nombreux points critiques sur sa sécurité

La Haute Autorité de santé (HAS) prépare le nouveau chantier de la certification des établissements de santé. "Le circuit du médicament restera l'un des déterminants génériques et une obligation absolue", avance Anne-Marie Armanteras de Saxcé, présidente de la commission de certification de la HAS, lors du congrès Hopipharm organisé à Bordeaux (Gironde) par le Syndicat national des pharmaciens d'établissements publics de santé (Synprefh). Durant ce congrès, du 16 au 18 mai, plusieurs présentations ont porté sur les faiblesses de ce circuit qui concerne l'ensemble des produits de santé.

Sur les 1 500 derniers rapports de certification depuis 2014, 54% présentent une non-conformité sur le circuit du médicament, précise Anne-Marie Armanteras de Saxcé. Les réserves prononcées par la HAS sur ce circuit sont émises à propos de 3% des dossiers de certification. Le non-respect des règles et pratiques d'administration et de prescription concerne respectivement un tiers et un quart des décisions.

Les faiblesses du circuit des produits de santé portent aussi sur la dispensation en rétrocession. Les professionnels acteurs de la dispensation de l'hôpital Armand-Trousseau, un des établissements de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), se sont auto-évalués sur la rétrocession en pédiatrie. Cet exercice révèle, selon le compte-rendu proposé par l'interne Jacqueline Nguyen pendant Hopipharm, des difficultés concernant le protocole relatif aux chimiothérapies et sur les effets indésirables. Une formation construite selon la méthode de l'ingénierie pédagogique qui, après consultation des préparateurs concernés, combine séances collectives de théorie et simulations.

Au sein de l'AP-HP, les dysfonctionnements informatiques sont également sources potentielles d'erreurs selon un recueil prospectif mené au sein de l'hôpital Émile-Roux. "En six mois, soixante-quatre dysfonctionnements informatiques ont été signalés, soit plus de dix par mois", relève Mélanie Perraudeau. Les changements d'interface entre les trois logiciels utilisés dans le circuit du médicament sont sources d'erreurs. "La source du problème n'est pas toujours identifié mais diminuer les interfaces diminue le risque d'erreurs", souligne-t-elle. La gestion informatique est également plus compliquée en raison de logiciels trop anciens pour être mis à jour.

Enfin, le rythme de l'innovation donne une place plus importante aux médicaments thermosensibles. Il s'agit là encore du manque de formation des professionnels de santé sur les bonnes pratiques de conservation de ces produits. Ces risques vont de l'usage d'un réfrigérateur non conforme, d'une alimentation coupée à l'utilisation de thermomètres non-conformes pour relever les températures, selon la liste de Guillaume Saint-Lorant, pharmacien au CHU de Caen (Calvados). Des actions d'amélioration ont été mises en place afin d'acculturer les autres équipes: étiquette apposée, centralisation des appels, indicateur institutionnel de suivi mensuel.